« Transitions 2050 » : les 4 scénarios de l’Ademe vers la neutralité carbone

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Face à l’urgence climatique et aux objectifs de neutralité carbone exigés d’ici 2050, l’ADEME dévoile, après plus de 2 ans de travaux mobilisant plus d’une centaine d’experts, son exercice de prospective « Transition(s) 2050. Choisir maintenant. Agir pour le climat ». Ce dernier rassemble « 4 scénarios « types » qui présentent, de manière volontairement contrastée, des options économiques, techniques et de société pour atteindre la neutralité carbone, sans épuiser pour autant la diversité des futurs possibles qui pourront être décidés ».
À l’heure où « d’indispensables transformations, rapides, profondes, et systémiques » sont nécessaires pour diminuer notre impact sur le climat et les écosystèmes, ces 4 scénarios ont pour ambition de nourrir les délibérations collectives sur la future Stratégie Française Énergie-Climat (SFEC), mais également les débats de l’élection présidentielle 2022. Présentation.

 

Générations frugales

Dans ce premier scénario, « la transition est conduite principalement grâce à la frugalité par la contrainte et par la sobriété ». Il implique « une réduction volontaire de la demande en énergie, matières et ressources grâce à une consommation des biens et services au plus près des besoins » : évolution de l’assiette (division de la consommation de viande par 3 et part du bio à 70%), réduction forte de la mobilité, avec 50% des trajets privilégiés à pied ou à vélo, limitation des vols intérieurs, transformation des bâtiments vacants et des résidences secondaires en résidences principales, et de fait, une limitation de la construction neuve.
Les contraintes, pour éviter les risques de clivages au sein de la société, font l’objet de débats et sont, autant que faire se peut, « adoptées en priorisant une vision égalitaire de la transition ». Les normes et valeurs y évoluent « vers une économie du lien plus que du bien, très ancrée sur les territoires et leurs ressources », donnant lieu à une « démétropolisation » en faveur des villes moyennes et des zones rurales. Le local et le durable se substituent au global et au consommable, et la sanctuarisation de la nature conduit à son exploitation raisonnée.
Ce scénario propose une rénovation énergétique massive et rapide, avec 80% des logements rénovés à un niveau Bâtiment Basse Consommation (BBC) ou plus, et 80% des surfaces tertiaires qui suivent la trajectoire prévue par le décret tertiaire du 23 juillet 2019. Le chauffage au bois se développe, le recours au gaz réseau diminue fortement, et l’utilisation de matériaux biosourcés croît.
Si la baisse de la demande en gaz est importante, ce dernier est très largement renouvelable, avec un niveau de décarbonation de 88%.

 

Coopérations territoriales

Dans ce deuxième scénario, l’Ademe propose d’instaurer « une gouvernance partagée (ONG, institutions publiques et privées, société civile) et de coopération territoriale » pour atteindre la neutralité carbone tout en maintenant la cohésion sociale. Ce scénario permet « une évolution progressive mais à un rythme soutenu du système économique vers une voie durable alliant sobriété et efficacité ». Dans cette économie basée sur le partage, la consommation des biens est mesurée et responsable. Alimentation plus sobre (division de la consommation de viande par 2 et 50% de bio), mobilité maîtrisée avec réduction de 17% des kilomètres parcourus et toujours près de la moitié des trajets à pied ou à vélo, habitat favorisant la cohabitation et l’adaptation de la taille des logements à celle des ménages dans des villes davantage végétalisées et en hauteur, et réindustrialisation de secteurs lés en lien avec les territoires sont la clé de ce système.
Ici encore, le scénario avance une rénovation énergétique massive, qui accélère très sérieusement : 80% des logements sont rénovés à un niveau au moins BBC (Bâtiment Basse Consommation), et 71% des surfaces tertiaires suivent la trajectoire prévue par le décret tertiaire du 23 juillet 2019. L’évolution des valeurs de la société permet « des investissements massifs dans les solutions d’efficacité et d’énergies renouvelables, mais aussi dans le renouvellement et l’adaptation des infrastructures ». Réseaux de chaleur, chauffage au bois et pompes à chaleur électriques se développent, ainsi que les matériaux biosourcés.
La décarbonation du gaz est ici contrainte par les volumes disponibles de gaz renouvelable, avec une demande qui s’ajuste en conséquence à la baisse. Cette dernière passe notamment par d’importantes substitutions par d’autres vecteurs énergétiques, en particulier dans le bâtiment et la branche énergie.

 

Technologies vertes

Ce troisième scénario fait des avancées technologiques le principal acteur des changements vers davantage de sobriété. « Les manières d’habiter, de se déplacer ou de travailler ressemblent beaucoup à celles d’aujourd’hui », mais avec des technologies plus compétitives pour décarboner (décarbonation de l’énergie poussée par la technologie) et une croissante verte.
L’alimentation est 30% moins carnée et intègre 30% de bio, la mobilité individuelle toujours prédominante mais équilibrée par un usage massif du télétravail, l’usage de véhicules plus légers et majoritairement électrifiés, et 30% des trajets à pied ou à vélo. L’industrie, qui produit un peu moins en volume, est très décarbonée.
Ce scénario propose une « déconstruction-reconstruction à grande échelle des logements », avec des rénovations touchant l’ensemble des postes de travaux mais sans s’inscrire dans une trajectoire Bâtiment Basse Consommation (BBC) (rénovation par geste plutôt que globale). Dans le tertiaire, la rénovation énergétique du parc s’accélère. En 2050, 72% des surfaces tertiaires présentes en 2015 suivent la trajectoire prévue par le décret tertiaire du 23 juillet 2019.
La diversification du mix énergétique permet une offre de gaz renouvelable importante : « le défi de ce scénario consiste à réussir la décarbonation du gaz sans en modifier en profondeur les usages ».
La demande globale en gaz est significativement réduite par rapport à aujourd’hui, mais l’efficacité des équipements est améliorée (pompes à chaleur hybrides ou chaudières à condensation en logements individuels comme collectifs…). « Le résidentiel représente finalement 18% de la consommation de gaz en 2050 et le tertiaire 9%, soit une diminution de 73% et 72% par rapport à 2015. »

 

Pari réparateur

Ce dernier scénario privilégie la sauvegarde des modes de vie du début du XXIe siècle et une « confiance dans la capacité à réparer les dégâts causés aux écosystèmes », alliant consommation de masse, exploitation de la nature, alimentation carnée quasi-stable, multiplication des équipements mixant innovations technologiques et efficacité énergétique, maintien de la construction neuve, augmentation forte de la mobilité avec recherche de vitesse, planification centralisée du système énergétique, croissance économique carbonée et une décarbonation de l’industrie pariant sur le captage et le stockage géologique du CO2.
Ce dernier scénario propose une rénovation à deux vitesses. Les logements dont l’architecture permet une industrialisation de la rénovation (via la préfabrication) sont isolés à un niveau très performant (BBC voire passif), et les autres poursuivent un rythme tendanciel de rénovation par geste, sans s’inscrire dans une trajectoire de performance. Le rendement des équipements est amélioré et favorise l’apparition de nouvelles technologies très efficaces, notamment pour les équipements thermiques dans le parc rénové.
Le recours massif aux puits technologiques permet le maintien d’une forte demande en gaz (hausse importante des usages pour le transport mais baisse modérée du volume total, en particulier grâce à une électrification des procédés). Dans le résidentiel, les pompes à chaleur hybrides se développent dans les maisons individuelles et les logements collectifs, et permettent de baisser la pointe de demande électrique en hiver. Des chaudières à condensation sont également installées en rénovation dans les logements collectifs chauffés individuellement et dans les maisons individuelles. « Le résidentiel représente finalement 15% de la consommation de gaz en 2050 et le tertiaire 13%, en diminution respective de 62% et 34% par rapport à 2015 ».

 

Ces 4 voies, toutes dotées d’une cohérence interne propre, « sont toutes difficiles et nécessitent que les orientations collectives soient discutées et décidées rapidement pour accélérer la transition ». Quelle que soit la voie choisie, l’Ademe alerte sur la nécessité de « veiller à la cohérence d’ensemble », grâce à « une planification orchestrée des transformations, associant État, territoires, acteurs économiques et citoyens ». C’est à ce titre que France Gaz Liquides participe aux travaux permettant de construire la future SFEC, inscrivant les gaz liquides (bas carbone) et renouvelables comme contributeurs aux objectifs de zéro émission nette pour 2050, aux côtés des énergies renouvelables. Si l’atteinte de la neutralité carbone repose sur des paris humains et technologiques forts, il est « impératif d’agir rapidement ».
Ainsi que mentionné par Arnaud Leroy, Président-Directeur Général de l’ADEME, « Les quatre scénarios proposés aboutissent tous à la neutralité carbone mais avec des voies différentes. Avant tout, ils ont pour objectifs de faire prendre conscience à tout un chacun, quel que soit son niveau de responsabilité et d’implication dans la construction de ce cheminement, de la nature des transformations et des choix à faire ». De quoi alimenter les débats des mois à venir à l’aube du prochain quinquennat…